new book

Encore une fois, le nouveau recueil d’Alain Tasso démontre une exigence littéraire où la langue française est servie de manière éminente. « Aucun compromis n’est permis lorsque j’écris en français », dit-il avant d’ajouter : « cette écriture se nourrit et prend son envol dans le respect des valeurs socio-culturelles françaises réunies à travers les vicissitudes et que beaucoup cherchent à effacer actuellement pour diverses raisons obscures et pernicieuses ». Déjà, le critique Joseph Tarrab avait affirmé dans sa préface de l’anthologie de Tasso que « sa poésie quintessence la quintessence ».

En vérité, c’est plus que jamais le moment, dans cette solitude où nous sommes et dans un monde écrasé par la mondialisation et englué dans l’ego de son ego, de lancer un cri salutaire. Le poète le sait. Sa sensibilité lit avec beaucoup de pessimisme le drame d’un monde qui n’est plus le monde. Son cri, ses hululements se traduisent dans son nouveau recueil où la poésie, d’une intensité littéraire exceptionnelle, bascule entre un requiem chanté et parfois quelques lueurs d’espoir dans « la nostalgie du vent, des statues même cassées. » Mais, au terme de l’heure, le tranchant du monde ». Il nous laisse réfléchir, impose le questionnement et la méditation et laisse deviner ceux qui veulent « priver la solitude de sa précieuse solitude ». Cette poésie ne cherche nullement à satisfaire directement. elle est exigeante à tous égards. Elle est accompagnée de photographies, de manuscrits, de dessins dramatiques… comme les magnifiques photos prises par l'auteur des vieux cimetières de Salzbourg et de Munich (ses deux villes privilégiées qu’il visite très souvent), respectivement le Sankt Peter Friedhof de Salzbourg et le Alter Südlicher Friedhof de Munich, La beauté des vers est de faire réfléchir à travers des images inédites et des tournures propres au style du poète. Il place le lecteur face à ses responsabilités, lui impose une kyrielle de réflexions issues de la densité extrême de l’écriture poétique. La neige, « cette eau de la vie », demeure son terrain privilégié, comme dans les recueils précédents. Il la chante avec grâce, il la voit et la ressent « dans les mains du poète, la neige nettoie ce peu de froid ». Il affectionne la chaleur de la neige, elle est l’image de l’homme à qui elle donne la vie mais il sait et déclame une vérité grave pêchée dans l’ère contemporaine, celle de « l’abandon de notre procession. Puisque conscients de notre ambiguïté, nous demeurons sans visage ». Et encore de jongler avec l’art de l’oxymore qu’il affectionne très particulièrement. Il remonte la pente pour redescendre à toute vitesse. N’est ce pas lui qui entonne : « Et de nulle part cette cruche remplie d’eau au dessus du tombeau du monde »…

Ce nouveau recueil réunit les monologues d’un automate sensible et humain, les soliloques du jacquemart, ce librettiste des brumes, qui connait le temps, surplombe la ville et voit d’en haut les problèmes graves qui s’y déroulent irréversiblement. Mais qui pour voir, qui pour entendre, qui pour ressentir ?

Un ouvrage superbement imprimé et qui sort d’un écrin tout de noir vêtu, excellent livre de chevet à lire et à relire par très petites doses vu la densité de l’écriture pour "revenir à toute chose du paysage, avant la sombre vérité du glas… et, des fleurs déjà mortes de votre oubli. Même vos ombres passagères sèment d’autres larmes ».

Poète, essayiste, peintre et né en 1962, Alain Tasso est également professeur d’esthétique, d’histoire de l’art et de diégèse à l’université, après avoir été antiquaire et journaliste. En 1995, il fonde le prix «Jeune cèdre» pour encourager les jeunes poètes et, en 2001, les cahiers littéraires et artistiques «Péristyles».

Son œuvre abondante, d’une grande intensité littéraire, est largement commentée par la critique. Sa poésie, au départ mystique puis expressionniste, a évolué vers une poésie de densité qui donne à penser, faisant de lui un poète de la présence et l’une des figures très remarquées de la poésie de langue française.

Quant à la peinture, elle a évolué de la courbe calligraphique arabe, à un langage épuré emprunt de sagesse et de réflexion, dans des plages monochromatiques où la couleur noire règne. Il est également l’auteur de nombreux livres d’artistes.
Parmi ses œuvres, De neige et de pierres-poèmes pour l’improbable, Paysages de flot, Encore ce peu d’images malgré tout, Brisants comme dictame d’un monde trépassé, ainsi qu’une anthologie aux éditions de La Revue Phénicienne, précédée de dix textes critiques.

Souffrir encore de beau.
Nous regardons
l’encre écrire, sur les syrtes,
les autres poèmes.
Balançant les éclairs,
sur les écoutilles entrouvertes.
Au plus loin,
une terre de thrènes.

...
Dans les mains du poète,
la neige nettoie ce peu de froid.
Il est déjà midi.
Venez à toute chose du paysage,
avant la sombre vérité du glas.

...
Des branches ouvertes,
ivres sur le sein.
Une eau si noire.
Comment devenir le monde?

Comme toujours,
quelques branches nues,
ainsi de neige crépitant la voie.
Le reflet d’un cierge...
...
Au coeur du silence
du murmure de l’eau,
l’instant de complies.
Ce que pouvaint ainsi la lumière.

Et des antiennes, des anges baroques,
tendre couronne au milieu du désastre du monde ...
Autour, nul paysage raffiné de ce que fut l’homme...

nouveau

Soliloques d’un jacquemart, autrement dit le librettiste des brumes,
des "oratorios post mortem pour ce qui fut l’homme, désormais le lourd suintement
du masque".

cliquez pour ouvrir

recueil et essais

cliquez pour ouvrir